Agbara Women, l’ode aux femmes rois

Article : Agbara Women, l’ode aux femmes rois
24 mai 2020

Agbara Women, l’ode aux femmes rois

« Elle commença par épouser un homme qu’elle obligea à s’habiller en femme. Elle lui demanda de s’adresser à elle comme à un roi et non à une reine »

Ce sont ces mots qui m’ont accueilli dès le début de ma visite de l’exposition « Agbara Women » d’Ishola Akpo au musée de la Fondation Zinsou à Ouidah.

Écoutez la visite en podcast

L’histoire qui est racontée à travers cette exposition est celle des AGBARA WOMEN, c’est-à-dire celle des femmes de pouvoir.

L’Histoire a souvent retenu que la royauté en Afrique était une affaire d’hommes. On ne peut la blâmer, parce que les traditions impliquaient que le trône n’était accessible qu’aux hommes. En témoigne cette liste de souverains du royaume de Porto-Novo, exposée au Musée Honmè de Porto-Novo, qui est exclusivement composée de mâles.

image représentant la généalogie des rois de Porto-Novo au Musée Honmè de Porto-Novo
Généalogie des rois de Porto-Novo au Musée Honmè de Porto-Novo

Ce que cette exposition nous rappelle, c’est ce que l’Histoire ne nous dit pas sur la royauté en Afrique : des femmes ont eu du pouvoir. Elles ont exercé le pouvoir royal. Nos anciens royaumes ont été gouvernés et dirigés par des femmes.

À travers les œuvres artistiques d’Ishola Akpo, les reines d’Afrique oubliées et effacées de l’histoire sont mises en lumière. Quatre séries d’œuvres ont été exposées par l’artiste dans AGBARA WOMEN :

  • des photographies ;
  • des photomontages et collages réalisés en associant la couture ;
  • des tapisseries ;
  • une sculpture.

C’est par cette sculpture que la visite des œuvres exposées dans AGBARA WOMEN a réellement débuté.

Image d'une sculpture en céramique exposée au musée de la Fondation Zinsou durant l'exposition Agbara Women de Ishola Akpo
Sculpture en céramique réalisée par Ishola Akpo

Symbolisant la résistance et le pouvoir, cette hache réalisée en céramique et en bronze a illuminé mes yeux de sa scintillante lumière.

Agbara Women, femmes au regard perçant

Les photographies d’Ishola Akpo ont le mérite d’être précises et de ne rien laisser au hasard. Les bijoux (colliers, bagues, couronnes, etc.), et les couleurs ont été parfaitement associés sur chacune des photographies exposées. Ce que j’ai remarqué de façon générale, c’est que ces femmes de pouvoir ont été photographiées par l’artiste de la même manière : assises, de profil et regardant le visiteur. On a presque l’impression de se retrouver face à elles et de lire dans leur regard toute la puissance et le pouvoir qu’elles détiennent.

Photographie d'Ishola Akpo exposée au Musée de la Fondation Zinsou à Ouidah dans Agbara Woman sur les femmes de pouvoir

AGBARA WOMEN, c'est ainsi que s'intitule l'exposition au musée Fondation Zinsou à Ouidah au #BéninCc Marie-Cécile…

Publiée par Foumilayo Assanvi sur Samedi 7 mars 2020

Si ces photographies impressionnantes par leur qualité m’ont fait comprendre que ces reines n’auraient pas dû être oubliées, j’ai été encore plus frappé par le message dégagé par les collages.

Les femmes de pouvoir là où elles devraient être

Ces collages réalisés par Ishola Akpo replaçaient des Agbara Women dans des situations de royauté, de prestance imposant la déférence des sujets à leur égard. J’ai perçu cela comme une manière de réclamer la mise en valeur de ces femmes ayant détenu à un moment de l’histoire le pouvoir royal. Ce qui change du collage classique qui cherche à se dissimuler ou à être discret, c’est qu’ici il cherche plutôt à être remarqué et identifié. Comment ?

Photographie d'Ishola Akpo au musée de la Fondation Zinsou lors de l'exposition Agbara Woman

À travers la couture au fil rouge. Ce rouge interpelle et en fonction des photographies rattache ou décrit une facette nouvelle à l’image. Mais ce qu’il faut surtout retenir de ces collages, c’ est selon moi la volonté de mettre la femme de pouvoir en valeur, à la place à laquelle elle mérite d’être.

Cette volonté sera poursuivie à travers les tapisseries que l’artiste expose également dans le Musée de la Fondation Zinsou.

Des tapisseries en hommage aux Agbara Women

La plupart des œuvres précédemment décrites partagent l’avantage d’être colorées. Les tapisseries se démarquent en étant d’une sobriété sans pareil. Du noir : des messages cousus au fil noir sur fond noir. Sacré test pour la vue, mais pas pour l’esprit. Ce qui particularise ces tapisseries est sans doute cette couleur sombre, mais aussi les inscriptions qu’elles portent : « Agbara », « Sarahuni »… Ces mots forts et qui ne sont pas suffisamment mis en valeur dans la cause des femmes sont révélés par l’artiste de cette façon.

Les photographies, les collages, les tapisseries, c’est bien beau tout ça, mais quelle est la portée d’Agbara Women ?

Agbara Women, le reflet de notre actuelle société

Cette exposition retrace tout simplement ce que subissent les rares femmes qui arrivent à s’émanciper malgré les blocages et les barrières que la société crée contre leur épanouissement. Ce n’est pas qu’elles ne sont pas braves, vaillantes ou méritantes. C’est juste que nous ne sommes pas habitués à donner de la valeur et à être porté par une femme. Ces sobres tapisseries témoignent de la négligence ou de la mise à l’écart des femmes de certains enjeux dont le pouvoir. Mais avec les collages marqués par le fil rouge, l’artiste veut demander à la femme d’oser et de se positionner partout où elle n’est pas désirée ou attendue pour qu’enfin elle puisse au même titre que les hommes participer à la gouvernance de la société et être admirée pour cela.

Je ne sais pas vous, mais c’est ce que m’inspire ce magnifique travail d’Ishola Akpo dans cette exposition Agbara Women.

Visitez, vous aussi le musée de la Fondation Zinsou à Ouidah pour voir cette exposition Agbara Women.

Petit défi pour vous : cet article parlant des femmes de pouvoir ne contient pas un mot qui semble pourtant indissociable d’elles. Indice : nom féminin de cinq lettres. N’hésitez pas à inscrire vos réponses en commentaires pour qu’on poursuive la discussion.

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Commentaires

Foumilayo Assanvi
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Le mot mystère est le féminin du mot "ROI"