Les scientifiques africains, bons derniers de la course aux vaccins

Article : Les scientifiques africains, bons derniers de la course aux vaccins
Crédit:
17 février 2021

Les scientifiques africains, bons derniers de la course aux vaccins

Le coronavirus continue de faire des victimes aux quatre coins du monde. Même si l’Afrique reste le continent le moins touché par la crise sanitaire, il faut constater une recrudescence des cas détectés positifs au coronavirus et du nombre de décès. Pendant que des vaccins sont nés ici et là pour tenter d’endiguer la maladie, des variants du virus sont également apparus, rendant ainsi l’équation beaucoup plus complexe.

Apprendre à vivre avec le virus n’est pas si simple. Raison pour laquelle des réponses scientifiques et sanitaires pour contrer la propagation du virus s’imposent. Les scientifiques sont donc sur tous les fronts pour essayer de proposer des vaccins face à la Covid-19. Tous, sauf les scientifiques africains. Ces derniers sont clairement largués dans la course aux vaccins. Dans ce billet, je m’interroge sur les raisons d’un tel retard, ainsi que sur l’intérêt que représentent les travaux des scientifiques africains.

Qu’est-ce qui explique ce silence des scientifiques africains dans la course aux vaccins ?

Les scientifiques africains vivent en Afrique, le continent le plus pauvre de la terre. C’est la première excuse que l’on peut leur trouver : le manque de moyens pour assurer une recherche efficace et fiable. Une fois qu’on a dit ça, il faut ensuite se poser la question de la simple volonté de nos scientifiques de résoudre des problèmes. Bon nombre d’entre eux s’auréolent de leurs nombreux doctorats et de leurs titres de professeurs. Mais ils ne contribuent pas pour autant à la recherche scientifique pour résoudre les problèmes auxquels l’Afrique fait face. On peut aussi dire que le fait que l’Afrique ne soit pas très touchée par le coronavirus justifie ce mutisme.

Ces dernières années, l’Afrique a été frappée de plein fouet par des épidémies et des maladies qui l’ont décimé. On peut parler de la tuberculose, de la grippe aviaire, du VIH SIDA, du virus Ebola ou encore du paludisme, qui tue encore aujourd’hui plus de 200 millions d’Africains chaque année. Dans le contexte de la Covid-19, et au regard de la vitesse à laquelle le premier vaccin a été proposé, on est en droit de se demander si les scientifiques africains n’auraient pas pu proposer un vaccin contre ces maladies. Certains d’entre eux le disent d’ailleurs clairement. En tout cas, les statistiques prouvent clairement qu’ils ne s’activent pas dans leurs recherches.

La passivité des scientifiques africains en chiffres

Ce qui fait un scientifique, c’est la recherche de réponses à des questions et à des problèmes qui se posent autour de lui. Et ce sont les publications, les articles dans les revues scientifiques qui exposent et présentent les travaux d’un scientifique au reste du monde scientifique. Quand on épluche ces publications scientifiques, on constate simplement que les scientifiques publient des quatre coins du monde. Mais, très peu parmi ces scientifiques sont africains, ou traitent des sujets relatifs à l’Afrique.

En 2016, l’Europe a produit 28,1% des publications mondiales, les États-Unis 19,3% et la Chine, dont la part continue de croître, 17,7%.

Observatoire des Sciences et Techniques – HCérès

On peut lire sur le graphe ci-après que le premier pays africain producteur de publications scientifiques, l’Afrique du Sud (ZAF), n’occupe que le 35e rang mondial. Le deuxième, l’Egypte (EGY), est 37e. Si vous vous demandez où sont les autres pays Africains, c’est une question que je me pose également. Leurs recherches seraient-elles publiées dans des revues secrètes ou privées ? En tout cas, il faut vite corriger le tir et rendre publics les résultats des recherches des scientifiques Africains, si elles existent.

Une fois que le constat de la quasi inexistence de la recherche scientifique africaine est posé, on peut maintenant se demander quel intérêt et quels enjeux renferment l’importance d’une telle recherche.

Des questions d’auto-suffisance sanitaire

De manière générale, l’Afrique subit les tendances et les évolutions médicales et pharmaceutiques mondiales. Proposer des solutions sur le plan scientifique contribuerait certainement à renverser cette tendance. Plusieurs propos polémiques avaient été tenus publiquement par des journalistes français sur la réalisation de tests de vaccins du Covid-19 en Afrique. Une grande vague de dénonciations et de condamnations de tels propos s’est déclenchée sur les réseaux sociaux. Certains sont même allés jusqu’à demander à ce que les Africains refusent de se faire vacciner. L’existence de laboratoires africains, tenus par des scientifiques africains, aurait pu aider à contrer cette idéologie. Nos scientifiques auraient pu travailler à rechercher un vaccin, que nous aurions eu moins de craintes à accepter. Ou du moins, la « cobayisation » ne sera plus un argument pour le refuser.

Quand on parle de confiance en nos scientifiques, il faut également se demander quel est le niveau de confiance que nous avons en ces professionnels de la santé

Une crise de confiance

Il est clair que le crédit que l’opinion publique accorde aux scientifiques africains est très faible. Quand il s’agit des universitaires, on ressort l’argument selon lequel ils ne seraient pas bien formés. Pour ce qui est des experts de la médecine traditionnelle, c’est plutôt le fait qu’ils n’aient pas été formés qui leur est reproché. Quand on parle de médecine traditionnelle, il faut clairement évoquer le mérite qu’ont ces spécialistes à proposer des remèdes contre des maladies dites « incurables » : VIH SIDA, hépatite ou même coronavirus. Des remèdes avaient été proposés au Bénin (apivirine) ou à Madagascar (Covid-Organics) pour guérir le coronavirus. Mais, c’est avec beaucoup de mépris que ces solutions ont été regardées, même si elles n’ont pas démontré leur efficacité. Ce mépris est propre à toutes les solutions apportées par la pharmacopée et la médecine traditionnelle. Pourtant, on gagnerait à s’en servir et à les utiliser.

Pharmacopée traditionnelle et médecine moderne : un combo à ne pas négliger

Qu’il s’agisse de la médecine moderne ou de la pharmacopée traditionnelle, nous avons clairement des avantages à tirer de l’une et de l’autre. Pourquoi ne pas associer les deux ? Les remèdes traditionnels qui fusent partout en Afrique peuvent être testés et évalués du point de vue clinique. Ces tests pourront permettre de s’assurer de leur efficacité et permettront de dégager la posologie et le dosage adéquat de ces médicaments naturels.

Qu’ils soient experts en médecine moderne ou traditionnelle, les scientifiques africains ne devraient pas se reposer sur leurs lauriers et sur leurs titres. Ils devraient rechercher des solutions pour résoudre les épidémies, les maladies qui frappent de plein fouet le continent et pourquoi pas le monde. Le monde scientifique africain doit cesser d’être le maillon faible de la communauté scientifique mondiale.

Partagez

Commentaires