24 mai 2020

Vivre ou voter

Cet article aurait peut-être été publié autrement dans son contenu, si nous n’étions pas dans une situation qui est sans doute inédite : la pandémie de coronavirus. Ce virus change tout et fait peser de nouveaux enjeux.

Evaluons d’entrée de jeu les forces en présence :

  • le droit à la santé, qui implique pour l’Etat de prendre toutes les mesures qui s’imposent à lui pour assurer un minimum de bien-être sanitaire aux populations. Ce droit est encore plus exigible, si on doit donner tout son sens à la notion de droit-créance, en cette période de crise sanitaire où les dirigeants endossent la responsabilité de prendre les mesures idoines pour sauver les citoyens du mal
  • le droit au vote, qui est l’expression de la souveraineté du peuple. Ce n’est pas moi qui contredirait Victor Hugo quand il disait dans son discours du 21 mai 1850 :

« Le suffrage universel, en donnant un bulletin à ceux qui souffrent, leur ôte le fusil. En leur donnant la puissance, il leur donne le calme. Tout ce qui grandit l’homme l’apaise » – Victor Hugo

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Doit-on choisir ?

Les deux droits sont consacrés par différents textes fondamentaux et par les pactes I et II de l’ONU du 16 décembre 1966. La question du choix ou de la primauté entre deux droits fondamentaux n’est sans doute pas inédite. Le conflit entre droits fondamentaux n’est pas une première. On en a pour preuve le droit de grève et la continuité du service public, la liberté de religion et la liberté d’expression… Ce qui particularise ce conflit-ci, c’est qu’on ne l’a pas prévu. Il est inédit. Aucun mécanisme n’est prévu pour atténuer ou concilier les droits en conflit. C’est donc en improvisant que les Etats tentent de résoudre ce conflit aux enjeux plutôt colossaux.

Quels sont les enjeux ?

Organiser les élections et voter pour assurer le renouvellement de la classe politique. C’est également l’une des manifestations de la démocratie représentative. L’équilibre institutionnel dépend du déroulement à bonne date des scrutins électoraux. Le revers de la médaille serait de faciliter la propagation du coronavirus et de ses victimes.

Renoncer aux élections et ne pass voter parce que le respect des gestes barrières, des mesures de sécurité, de distanciation sociale et de réduction de la promiscuité sociale sont difficiles à respecter en les maintenant. Cela afin de freiner la propagation du virus en sacrifiant la stabilité institutionnelle et politique, qui on le sait fait aussi beaucoup de dégâts.

Analysons l’attitude de certains Etats face à ce dilemme.

Voter ou Pas ? Que font les Etats ?

En France, au tout début de l’épidémie, le gouvernement a fait le choix avec l’accord de l’entièreté de la classe politique de maintenir le premier tour des municipales au 15 mars 2020. On peut voir sur le graphe ci-dessous que le nombre de cas est passé du simple au double cinq jours après le scrutin. Cette augmentation exponentielle a d’ailleurs fait reculé le gouvernement qui a renoncé à l’organisation du second tour des élections. (Ce second tour aura lieu le 28 juin 2020)

Statistique: Nombre journalier de nouvelles personnes infectées par le coronavirus COVID-19 en France du 20 février au 20 mars 2020 | Statista
Trouver plus de statistiques sur Statista

En Guinée, les élections législatives se sont tenues le 22 mars 2020, après de nombreux reports, indépendants de la pandémie du coronavirus. A ce moment (21 mars 2020), seulement quatre cas de coronavirus avaient été enregistrés. Au 5 avril 2020, plus de cinquante cas sont détectés positifs au virus. Aujourd’hui, la Guinée compte près de 3000 cas testés positifs au coronavirus.

Au Mali, la situation est à quelques exceptions près similaire à celle de la Guinée. Le scrutin est maintenu au 29 mars 2020 après plusieurs reports. Le pays compte déjà 18 cas et un mort du coronavirus. Malgré l’enlèvement d’un des leaders de l’opposition, le second tour se tient le 19 avril 2020. Le nombre de cas de coronavirus enregistrés dans le pays a déjà passé la barre des 800.

Pour en savoir plus : Votera ou Votera pas ? En Afrique, une année électorale marquée par le coronavirus via Le Monde et Quand le coronavirus perturbe les élections en Afrique via Deutsche Welle

On peut prendre comme dernier exemple le Bénin, qui a désigné ses élus locaux dans un contexte où plus de 300 cas ont été détectés dans le pays. Des mesures sanitaires pour contenir le virus et sa propagation auraient été prises par les autorités.

Contrairement à ces Etats qui ont préconisé la stabilité institutionnelle, certains ont plutôt misé sur la réduction de la propagation du virus. On peut ici citer l’Ethiopie qui a choisi de reporter le scrutin du 29 août 2020 alors que le pays comptait 26 cas de coronavirus. Ce nombre est aujourd’hui porté à plus de 300.

De façon générale, les Etats font primer le renouvellement du corps politique. La tenue des élections dans certains pays n’est pas l’unique facteur d’augmentation des cas du coronavirus. Cependant, la non tenue des scrutins n’a pas pour l’instant freiné la propagation du virus. En témoignent le nombre de cas enregistrés dans les Etats Africains malgré l’absence d’un scrutin électoral.

Entre Vivre ou Voter : mon choix

Entre le droit à la santé et le droit au vote, je ne peux que choisir la liberté. Voter est une liberté. Je suis libre d’aller voter ou de ne pas le faire. Par contre, l’Etat est garant de la santé publique, de nous tous. En y réfléchissant bien, il n’y a pas vraiment de choix pour l’Etat ou du moins quelque soit le choix qu’il opérera, devra y inclure les mesures de sécurité sanitaire pour garantir la santé publique. Garantir la santé publique n’est pas un choix pour l’Etat, mais une obligation. A chacun d’analyser si cette garantie est suffisante pour pouvoir aller voter ou non.

Dites moi en commentaire votre choix. Vous votez ? Vous vivez ?

Quelque soit votre avis, abonnez-vous et sauvez-vous vous même du coronavirus !

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Commentaires

Marek Abi
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Vivre ou voter, pourquoi pas les deux ? Le gouvernement, grand garant de ces droits fondamentaux se doit de trouver une parade pour concilier les deux. C’est bien vrai que sur le papier, aucune disposition n’est prévue pour faire marcher deux droits qui semblent s’opposer, mais dans la pratique...

Les grandes révolutions viennent souvent pendant ou juste après les grandes crises. Dans ce cas précis par exemple, un pays soucieux d’organiser coûte que coûte un scrutin serait bien inspiré de mettre en place un mécanisme sûr de vote en ligne. Comme ça, devant mon petit écran, entre deux vidéos YouTube, je place mon vote et c’est bon.

Vivre ou voter, je choisis de vivre et voter.

Bienvenue dans la famille Mondoblog.

Foumilayo Assanvi
Répondre

Effectivement, il peut s'agir d'une porte de sortie. Mais, attention aux dangers de la big data et de la collecte des données sur internet. Les ingérences des géants d'internet dans les élections se verraient ainsi accrues.

Merci beaucoup Marek !